Edward Burtynsky,
Carl De Keyzer,
Luc Delahaye,
Armin Linke,
Paul Shambroom,
Jules Spinatsch,
Michael von Graffenried
DU 14 MARS AU 11 MAI 2008
vernissage le jeudi 13 mars dès 18h
Avec le soutien du Département de la culture de la Ville de Genève, de la Fondation pour l'art moderne et contemporain et de l’Office fédéral de la culture
L’exposition PANORAMIC SCENES met en avant une pratique photographique qui s’est amplifiée depuis le tournant du XXIe siècle : l’emploi du format panoramique dans la photographie de reportage ou documentaire, non pas pour des paysages mais pour des scènes de la vie humaine contemporaine. Bien que le phénomène puisse aussi être observé du côté de la photographie plasticienne, de Daniel Berclaz à Sam Taylor-Wood, PANORAMIC SCENES se concentre exclusivement sur des démarches liées à des situations politiques ou sociales.
Traduit de l’ancien grec, panorama veut dire « tout voir ». Le panorama, tel qu’il a été développé par Robert Barker à la fin du 18ème siècle, visait chez le spectateur un effet d’illusion totale à 360°. Il fallait y voir non pas la nature peinte, mais la nature réelle. Walter Benjamin fait remarquer, que David conseillait à ses étudiants de ne pas dessiner d’après nature, mais d’après les panoramas ! Aboutissement de la perspective de la Renaissance, ces « machines de vision », oscillant entre art et technique, fascinaient par l’expérience de toute puissance qu’elles procuraient à n’importe quel spectateur : un pouvoir subjectif donnant l’impression de pouvoir disposer de tout. Stephan Oettermann écrivait dans son livre Das Panorama (Francfort a.M., 1984), que le panorama était la sécularisation définitive du regard divin.
Michel Foucault met dans Surveiller et punir la machine à illusion qu’est le panorama en relation avec l’agencement disciplinaire qu’est le Panopticon. Dans les deux cas, le spectateur est au milieu du monde perceptible. Dans le cas du panorama, hors de tout système de surveillance, le regard produit un sentiment de toute-puissance chez le regardeur.
Il est vrai, que la crise de la peinture surgissant dans la deuxième partie du XIXe siècle est déjà liée à l’existence du panorama. Réaction de la peinture à la découverte de l’horizon. On pourrait d’ailleurs parler d’une démocratisation de la perspective au sujet du panorama et le compter parmi un des premiers mass médias. Rappelons-nous que la photographie est aussi enfant du panorama. Pour améliorer le rendu perspectif de son panorama peint, Jacques Louis Mandé Daguerre, en manipulant la camera oscura, a réussi à fixer une image optique sur une plaque d’argent iodée .
Par la suite, les rotondes abritant les panoramas disparaissaient au fur et à mesure de nos villes et la photographie s’imposait de plus en plus comme le meilleur moyen de reproduire visuellement le réel tangible. Les premières caméras panoramiques apparaissent très tôt, parmi elles celle de Friedrich Martens en 1845. Son format de 1:3 va s’imposer comme cadre idéal pour représenter les paysages ; ceux du Far West colonisé ou du tourisme alpin. Depuis, le format panoramique sert à glorifier la beauté et la grandeur des paysages.
Ce n’est qu’à partir de 1980 que des photographes de reportage commencèrent à se servir du format panoramique. Carl de Keyzer était un des tout premiers et Michael von Graffenried s’en servait pour pouvoir photographier durant toute la guerre civile d’Algérie dans les années 1990, afin de ne pas devoir porter l’appareil devant son œil. C’est aussi à partir des années 80 que les formats des tirages photographiques prennent des dimensions égales à des tableaux d’Histoire, spécialement chez les artistes ayant fait leurs études avec Bernd Becher. Ce champ de représentation élargi inclut le regardeur dans l’espace illusionniste de la photographie. Le format le plus propice en photographie à cette inclusion du regardeur est de tout évidence le panorama.
Depuis une dizaine d’années qu’on voit de plus en plus de reporters et de documentaristes se servir du format panoramique pour représenter des scènes sociales et politiques contemporaines. L’exposition PANORAMIC SCENES essaie de faire le point sur ce nouvel emploi, sans être exhaustif.
Edward Burtynsky (*1955) est devenu mondialement connu à partir de 2003 avec sa série et le livre du même titre, Manufactured Landscapes. On découvre sur de larges planches des paysages complètement altérés par des interventions industrielles, tels les champs pétroliers en Californie, les cargos en voie de démantèlement sur les rives du Pacifique indien au Bangladesh ou encore des montagnes de pneus usagés en Amérique du Nord. Chaque image est cadrée pour mettre en évidence les effets de saturation qui provoquent une nausée certaine chez le spectateur. Les effets nauséabonds de nos sociétés de consommation et de masse deviennent visibles, sans détours.
La même année, le photographe surprenait avec une nouvelle série, Before the Flood. Il s’agit d’un ensemble de photographies prises en Chine, dans la vallée du fleuve Yang Tsé. C’est là que le gouvernement chinois est en train de faire construire, par 60'000 ouvriers, le plus grand barrage hydro-électrique du monde (2 km de long et 185 m de haut) pour produire à partir de 2009 l’équivalent en énergie électrique de 18 centrales nucléaires. Ce projet gigantesque correspond aux concentrations de masse de toutes sortes, recherchées par le photographe pour ses sujets. Conçu une première fois en 1919, et plus que jamais d’actualité en vue des énergies fossiles qui vont nous manquer dans les années à venir, le projet du Yang Tsé entraîne des conséquences écologiques et humaines sans comparaison. 1,8 millions de personnes ont été évacuées de la vallée. La photographie choisie montre la ville de Feng Chié après qu’elle aie été rasée. Les hommes recherchant des débris à sauver disparaissent dans ce flot de pierres qui bientôt sera couvert par les eaux.
Luc Delahaye (*1962) a longtemps travaillé comme reporter, plus spécifiquement comme reporter de guerre. Depuis le début des années 2000, il se rend sur les mêmes lieux mais sans intention de « couvrir » la guerre pour les mass médias. Travaillant nettement au ralenti et avec une caméra de moyen ou grand format, il produit seulement trois ou quatre photographies par année, essayant ainsi de synthétiser en une seule et très large photographie les événements et les situations. L’autre volet de sa nouvelle démarche documente des lieux très difficiles d’accès comme le tribunal de La Haye lors du procès de Milosevic, le Forum économique de Davos ou encore l’Assemblée Générale du Conseil de Sécurité de l’ONU à New York. Luc Delahaye se déplace d’une part pour rendre compte des lieux où des décisions de portée mondiale sont prises et d’autre part pour rapporter sur le « terrain » même, les conséquences de décisions prises ailleurs.
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Carl De Keyzer (*1958) travaille depuis 1983 avec le format panoramique lors de ses voyages dans les contrées les plus éloignées de nos consciences, comme par exemple la région de Krasnoïarsk en Sibérie (Goulag) ou Trinity dans le Nevada, lieux des premiers essais atomiques. En d’autres occasions, il photographie au format panoramique ce qu’il appelle des « tableaux de guerre », les traces des conflits sur la vie quotidienne : le palais détruit de Kaboul, les restes calcinés d'un village incendié au Congo, les immeubles troués de balles en Angola, un grand avion russe détruit sur l'aérodrome de Kaboul. Les deux photographies qui ont été retenues pour PANORAMIC SCENES captent des milieux politico-religieux de la société américaine. Elles rappellent ainsi, entre autres, que les thèmes religieux font partie du quotidien politique depuis bien avant George W. Bush. Dans ces deux images le photographe a recours au montage intérieur (comme au cinéma). L’emploi du format panoramique permet à Carl de Keyzer de faire cohabiter dans le même cadre deux différentes scènes, une en avant-plan, l’autre en arrière-plan. Une photographie de presse conventionnelle aurait privilégié le premier plan; en élargissant le champ de vision, le photographe nous propose une scène à dynamique dialectique.

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Armin Linke (*1966) constitue depuis une dizaine d’années une archive photographique, recensant des lieux de premier ordre dans la géopolitique contemporaine, peu importe le critère, qu’il soit par exemple démographique, énergétique ou stratégique. Ainsi, Armin Linke documente par exemple une plate-forme pétrolière dans l’Arctique, un marché très animé à Calcutta ou une station spatiale aux confins de la Sibérie. Le plus souvent, il photographie des villes en construction sur les cinq continents : Hong Kong, Tokyo, Pekin, Pyongyang, Sao Paulo, Berlin, Moscou, etc. Chroniqueur de la mondialisation, il s’intéresse à la manière dont le capitalisme mondial modèle la planète. Armin Linke se préoccupe beaucoup de la forme de présentation de ses œuvres, comme à l’occasion de la Biennale de Venise 2001 où il proposait sur un site, toujours existant (www.arminlinke.com), un livre en ligne. Pour PANORAMIC SCENES, une photographie de grand format a été choisie, donnant un aperçu de la densité des populations dans les mégapoles africaines.

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Paul Shambroom (*1956) se concentre dans son travail surtout sur des sujets spécifiquement américains. Il a profité par exemple de la fin de la guerre froide pour accéder aux zones militaires de l’arsenal nucléaire de son pays, considérant ce travail comme un devoir civique. Depuis le 11 septembre 2001, cette série est interrompue pour interdiction d’accès aux sites. Un extrait de cette série est actuellement visible au Musée de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge à Genève, représentant des lieux de commando pour le lancement des missiles atomiques. Sa série Meeting, que Paul Shambroom entame à partir de 2001 et dont trois photographies sont montrées dans PANORAMIC SCENES, est alimentée du même souci pour la démocratie aux Etats-Unis. Si la première série cherchait la transparence, Meeting est plutôt le constat un peu amer du peu d’intérêt que les Américains portent à leur politique locale. Le photographe s’est présenté lors de réunions communales dans des villages qui comptent moins de 2000 habitants pour immortaliser le Conseil communal siègeant. Richard B. Woodward écrit au sujet des photographies de Paul Shambroom : «Tout porte à croire que les participants n’étaient ni nombreux ni enthousiastes. Le secret honteux de la vie politique des Etats-Unis ne réside pas dans les rapports de pouvoir à huis clos, mais dans le désintérêt profond des électeurs. Paul Shambroom exalte des inconnus endossant héroïquement des responsabilités auxquelles nous nous dérobons. Sous l’éclairage des néons, l’épuisement que nous lisons sur leurs visages interdit tout élan digne de Franck Capra.»

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Jules Spinatsch (*1964) a déjà montré en 2003 au Centre de la photographie Genève son tout premier travail panoramique, Temporary discomfort – Chapter IV PULVER GUT. Il s’agissait d’une vue de Davos enneigé, truffé de barrières et d’autres architectures anti-émeutes, prise dans un laps de temps de 10 jours. Détournant les Web-cam censées transmettre l’état des pistes de ski, le photographe avait réussi à nous montrer comment un village alpin peut se transformer en un lieu de haute sécurité assiégé. Depuis, Jules Spinatsch a appliqué son système de balayage méthodique d’un espace donné par une caméra électronique à d’autres situations, que ce soit lors du match de qualification pour le Mondial 2006, opposant la Suisse à la France ou encore la séance du Conseil municipal du 30 juin 2006 à Toulouse, pièce présentée dans l’exposition PANORAMIC SCENES. La démarche de l’artiste est bien à double tranchant. Si nous sommes fascinés par cette énorme quantité d’information qui se déploie devant nous, jusqu’aux détails les plus infimes perçus dans les agrandissements à grande échelle – exemple le petit billet écrit à la main, traînant sur le bureau d’un des députés et donnant le titre à l’œuvre, « Fabre n’est pas venu » – la technique employée par Jules Spinatsch peut aussi se transformer en une redoutable arme du tout contrôle. Il n’y a qu’un pas du panorama au Panopticum.
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Michael von Graffenried (*1957) s’est fait connaître avec des séries portant un regard ironique sur les Suisses tel que Swiss Image en 1989. L’emploi du format panoramique, qu’il maîtrise avec brio, s’est presque imposé de lui-même durant la deuxième guerre civile d’Algérie. Il s’en sert depuis 1991. La prise de photographies dans les pays musulmans est mal acceptée et photographier dans un pays ravagé par une guerre fratricide implique de hauts risques. De ce fait, Michael von Graffenried se promenait avec une caméra Widelux accrochée autour du cou à hauteur de sa poitrine. Ainsi, il la déclanchait sans jamais regarder à travers le viseur, couvrant un champ de 160°. Au fur et à mesure que la spirale de la violence s’accentuait, Michal von Graffenried était l’un des rares photographes à continuer à se rendre en Algérie. De ses plus de 30 voyages durant les années de plomb, il a rapporté, entre autres, un film conçu avec le metteur en scène Mohammed Soudani qui retrace ses voyages pour retrouver les personnes photographiées dans les années précédentes. Dans PANORAMIC SCENES, le Centre de la photographie Genève montre pour la première fois des clichés pris lors d’une résidence d’artiste au Caire en 2007. N’ayant pu ni les faire tirer dans le laboratoire ni les exposer dans la galerie prévue - les responsables cairotes craignant l’intervention de la police - le photographe les a montrées pendant un jour sur les toits du Caire, là où habitent les Bawabs, les plus miséreux de la capitale égyptienne. Les deux photographies sont accompagnées de deux mini écrans vidéos qui nous font chacuns voir deux plans fixes que le photographe a captés sur you-tube durant son séjour au Caire. Il s’agit pour School's out for girls in Ard El Lewa, Cairo, d’une vidéo montrant de jeunes garçons qui chantent pour séduire des jeunes filles, tandis que la vidéo qui accompagne Riot Police is closing access to Al Azahr Mosque on friday, february 9, 2007 présente un policier de la „Riot Police“, torturant un détenu en le giflant.

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14 MARCH – 11 MAY 2008
Opening Thursday 13th March, 6 PM
The Photography Center, Geneva, is supported by the Cultural Affairs Department of the city of Geneva, the Modern and Contemporary Art Foundation and the Swiss Federal Office of Culture.
The exhibition PANORAMIC SCENES emphasises a photographic practice that has gathered momentum since the beginning of the 21st century: the use of the panoramic format in reportage and documentary photography, not as a means to show landscapes but to depict scenes of contemporary human life. Although this phenomenon can also be seen in art photography, from Daniel Berclaz to Sam Taylor-Wood, PANORAMIC SCENES exclusively focuses on practices that are related to political and social situations.
Panorama means “seeing everything” in ancient Greek. The panoramic format, as it was developed by Robert Barker in the late 18th century, was aiming at a 360°, total illusion effect on the viewer. One was supposed to see real nature, as opposed to painted nature. According to Walter Benjamin, David advised his students not to draw from nature but from panoramas! An outcome of Renaissance perspective, these “vision machines”, oscillating between art and technology, fascinated through the feeling of omnipotence provided to the viewers: a subjective power that made them feel that they could have it all. In his book Das Panorama (Frankfurt, 1984), Stephan Oetermann wrote that panorama was the ultimate secularisation of the divine gaze.
In Surveiller et punir, Michel Foucault relates the illusion machinery of panorama to the disciplinary construction of the Panopticon. In both cases, the viewer is at the centre of the perceptible world. In the case of the panorama, free from any monitoring system, the gaze generates a feeling of omnipotence in the gazer.
It is true that the crisis of painting in the second half of the 19th century was already related to the existence of panorama, as painting’s reaction to the discovery of the horizon. The panorama could be seen as a democratisation of perspective, and considered one of the first mass media. Remember that photography is also an offspring of panorama. In order to improve the perspective result of his painted panorama, Jacques Louis Mandé Daguerre managed to fix an optical image onto a iodised silver plate, by manipulating the camera obscura.
As years went by, domes and circular buildings that housed panoramas have gradually disappeared from our cities, while photography took over as the best way to visually reproduce tangible reality. The first panoramic cameras came out very early, amongst which Friedrich Martens’s in 1845. Its 1:3 format took over as the best frame to represent landscapes of the colonised Far West or alpine tourism, for example. Ever since, the panoramic format has been used to glorify the beauty and the greatness of landscapes.
Only since 1980 have reportage photographers started to use the panoramic format. Carl de Keyzer was one of the first, and Michael von Graffenried used it to be able to photograph the civil war in the 1990’s Algeria, in order not to lift his camera to his eye. It was also since the 1980’s that the formats of the photographic prints reached dimensions similar to historical paintings, in particular with artists who had studied with Bernd Becher. This enlarged representation field immerses the viewer in the deceptive space of the photograph. Obviously, the photographic format that best immerses the viewer is the panorama.
For ten years or so, more and more reporters and documentary makers have used the panoramic format to represent contemporary social and political scenes. Without being exhaustive, the exhibition PANORAMIC SCENES attempts to review this new practice.
Edward Burtynsky (*1955) became world-famous in 2003 with his series of photographs and his book, both entitled Manufactured Landscapes. Large prints display landscapes that are completely altered by industrial intervention, such as oil fields in California, dismantled freighters on the shores of the Indian Ocean in Bangladesh or mountains of old tyres in North America. Each image is framed to emphasise an overwhelming effect, which provokes a feeling of nausea within the viewer. The nauseating consequences of our mass-consumption societies become obvious.
The same year, the photographer came up with the surprising Before The Flood, a series of photographs taken in China, in the Yangtze River valley. The Chinese government is using 60,000 workers to build the world’s largest hydroelectric dam (2 km long and 185 m high) in order to produce, starting 2009, the equivalent electricity of 18 nuclear power plants. This gigantic project is in line with the typical subject of massive concentrations that the photographer strives to capture. Designed for the first time in 1919, and more topical than ever considering the foreseeable shortage of fossil energy in future years, the Yangtse project has generated unprecedented environmental and human consequences. 1.8 million people have been displaced from the valley. The chosen photograph shows the city of Fengjie after it was razed down. Men are searching for something to rescue in the remains, vanishing into a sea of stones that will soon be flooded and drowned.
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Luc Delahaye (*1962) worked as a reporter – more specifically as a war reporter – for a long time. Since the early 2000’s, he has kept travelling to such places, although without intent to cover the war for the media. He now works at a much slower pace and uses mid- or large format cameras, to produce only three or four photographs a year, thus attempting to sum up events and situations in a single, very large photograph. The other aspect of his practice documents places that are very difficult to access, such as the Hague’s Criminal Tribunal during Milosevic’s trial, the World Economic Forum in Davos, and meetings of the UN Security Council in New York. On the one hand, Luc Delahaye travels in order to give account of places where decisions of global significance are made, and on the other hand, he travels in the field to report the consequences of such decisions.
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Carl de Keyzer (*1958) has worked with the panoramic format since 1983, travelling to areas that are far from our consciousness, such as the Krasnoyarsk region in Siberia (where the Soviet gulag used to be), or Trinity, Nevada, where the first atomic tests were carried out. Elsewhere, he shoots in the panoramic format what he calls “war pictures”, i.e. traces of conflict on daily life: Kabul’s destroyed palace, the charred remains of a burned village in Congo, bullet-pierced buildings in Angola, a large, wrecked Russian plane in Kabul’s airport. The two photographs that have been chosen for PANORAMIC SCENES depict political and religious circles in American society. They remind us, amongst other things, that religious issues have been part of everyday politics long before George W. Bush. In both pictures, the photographer uses the film-like inner cut technique. He uses the panoramic format to include two different scenes, foreground and background, within one single frame; by enlarging the visual field, the photographer produced a scene of dialectic motion.
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For about ten years, Armin Linke (*1966) has put together a photographic archive that lists places of primary importance in contemporary geopolitics, whether the selected criteria are demography-, energy- or strategy-related. Armin Linke thus documents such places as an oilrig in the Arctic Sea, a crowded market in Calcutta, and a space base at the furthermost bounds of Siberia. He more often photographs cities under construction on all continents: Hong Kong, Tokyo, Beijing, Pyongyang, Sao Paolo, Berlin, Moscow, etc. Acting as a chronicler of globalisation, he is interested in how global capitalism is shaping the planet. Armin Linke is very concerned about the way his works are presented, witness the Venice Biennale 2001, where he published an online book on a website that is still available ( HYPERLINK "http://www.arminlinke.com" www.arminlinke.com). PANORAMIC SCENES has selected a large-format photograph that gives a general idea of population density in an African megalopolis.
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In his work, Paul Shambroon (*1956) mostly focuses on American-specific subjects. As such, he took advantage of the end of the Cold War to access nuclear military zones in his country, considering his work a civic duty. Since September 11th 2001, this series has been interrupted due to forbidden access to those sites. Extracts of the series are now on show at the Red Cross and Crescent Museum in Geneva, representing commando sites that are used for the launching of nuclear missiles. His series Meeting, which he has started working on in 2001, three photographs of which are shown in PANORAMIC SCENES, feeds on a similar concern for democracy in the United States. Whereas the first series sought transparency, Meeting is a rather bitter acknowledgement of the Americans’ lack of interest in local politics. The photographer attended local assemblies in villages of less than 2000 people to photograph the sitting local council. As Richard B. Woodward wrote about Shambroom’s photographs, “everything leads us to believe that the attendees were neither numerous, nor enthusiastic. The shameful secret of American political life does not lie within power relationships behind closed doors, but within the voters’ deep disinterest. Paul Shambroom praises unknown people who heroically take up responsibilities that we shy away from. Under the neon lights, their worn-out faces leaves no room for Franck Capra-style enthusiasm.
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Jules Spinatch (*1964) has already shown his first panoramic work at the Centre de la photographie Genève in 2003. Temporary Discomfort – Chapter IV PULVER GUT was a view of snow-covered Davos, packed with fences, gates and all sorts of anti-riot devices, during a ten-day period. By hacking the webcams that were supposed to display skiing conditions, the photographer succeeded in showing how an alpine village can turn into a high-security place under siege. Since then, Jules Spinatch has applied his system of methodical scanning of a given place to other situations, whether during a qualification football game for the World Cup 2006 between Switzerland and France, or the meeting of Toulouse city council on 30th June 2006, which is presented in PANORAMIC SCENES. The artist’s practice is double-edged indeed. While we are fascinated by the huge amount of information available to us, including the tiniest details that can be seen in large-scale blow-ups – such as the hand-written message left on a deputy’s desk, which gave the work its title Fabre n’est pas venu (Fabre didn’t turn up), the technique that Spinatch uses can also turn into a fearsome, all-controlling weapon. There is a fine line between the panorama and the Panopticum.
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Michael von Graffenried (*1957) has made a name for himself thanks to several ironic series about the Swiss, such as Swiss Image in 1989. The use of the panoramic format, which he masters brilliantly, was an almost obvious choice during the second civil war in Algeria. He has been using it since 1991. Taking photographs in Muslim countries is not well accepted, all the more so in a country torn by fratricidal war, which involves great risks. For that reason, Michael von Graffenried walked around with a Widelux camera that was hung around his neck at chest level, so that he could use it without looking through the viewfinder, covering a 160° angle. As the spiral of violence grew stronger, Michael von Graffenried was one of the few photographers who still travelled to Algeria. After travelling there more than 30 times during the “leaden years”, he made, amongst other things, a film that was written with film director Mohammed Soudani, which recounts his travels in order to find trace of the people he had photographed on his previous trips. In PANORAMIC SCENES, the Centre de la photographie Genève is showing for the first time photographs that were taken during his artist residency in Cairo in 2007. Since he could neither print them, nor show them in the planned gallery – as the local people in charge feared police intervention – the photographer finally showed them for one day on Cairo’s rooftops, where the Bawab populations live – the most poverty-stricken people in the Egyptian capital city. Each of these two photographies are associated to mini video screens, showing moving pictures, capted by the artist on you tube during his journey in Cairo; the first one is linked to the photography School's out of girls in Ard EL Lewa, Cairo, and shows us a video representing youngsters singing to seduce young girls whereas in the other video linked to Riot Police is closing access to Al Azahr Mosque on friday, february 9, 2007, you can see a policeman torturing a prisoner by slapping his face.